Faire face à l'incertitude

Peur et incertitude sont étroitement intriquées. 
L’incertitude est facteur de peurs et la peur nourrit les incertitudes. Plus nous avons peur, plus nous envisageons le monde sous un angle incertain, potentiellement dangereux pour nous, notre avenir et celui de nos proches.
Plus nous refusons l’incertitude plus nous générons la peur du lendemain.
Notre cerveau n’est pas programmé pour accepter sereinement l’incertain. Il réclame que nous lui apportions de la sécurité, de la précision, du contrôle…, et certainement plus singulièrement encore dans notre monde technologisé, processé, hygiénisé, sécurisé…, où la maîtrise et le contrôle nous obsèdent (depuis quelques décennies dans notre partie du monde « développé ». Il y a encore tant de parties du monde où l’insécurité règne, où les seuls besoins physiologiques ne sont pas pleinement assurés ; dans ces parties du monde la notion de « sécurité » ne résonne pas de la même façon.)
Et pourtant le « nouveau monde » ouvert par cette crise sanitaire, qui nous impactera très certainement durablement, nous contraint à accepter ce quasi-inacceptable : il nous faut apprendre à vivre dans le flou, l’imprécis, le vague, il nous faut apprendre à embrasser pleinement l’incertitude, à naviguer dans le chaos.

Quelles sont nos ressources pour affronter ce défi ?


Elles sont généralement plus grandes que nous ne le croyons, et c’est aussi ce manque de confiance en nos ressources, internes (en nous) et externes (avec les autres), qui nourrit nos doutes et nos peurs.
Parmi nos ressources principales figure notre créativité, et nous souhaitons là évoquer le concept de Page Blanche.
Un élément de bonne santé consiste à voir en chaque chose la possibilité d’une Page Blanche, où les possibles nous sont ouverts. 

Face à une situation donnée (fait, évènement, relation, …) nous avons le choix de générer et mobiliser des ajustements conservateurs ou des ajustements créateurs :
Les ajustements conservateurs
Ils vont consister à « faire toujours un petit peu plus de la même chose », à reproduire ce que nous savons déjà faire dans nos zones « de confort » (qui contiennent bien sûr des parts d’inconfort, dont nous nous plaignons parfois. Mais nous préfèrerons souvent et longtemps un inconfort connu à un confort inconnu), en ne changeant rien de nos personnalités ou de nos comportements.
Les ajustements conservateurs sont généralement au service de nos Gestalt inachevées. Nos Gestalt inachevées sont les parts incomplètes, « non terminées », de notre personnalité, qu’elles soient d’origines structurelles (la façon dont on s’est construit) ou conjoncturelles (nos expériences de vie). Elles nous mènent généralement à des mécanismes d’impasses (reproduction de comportements négatifs, tentatives de sabotages, passages à l’acte…) dont le but est de confirmer nos contradictions intérieures (ex : je voudrais être heureux /je n’ai pas le droit d’être heureux), et de bloquer nos développements. Ainsi nous avançons dans la vie « en boitant », non pas en reproduisant notre histoire mais en reproduisant les Gestalt inachevées de notre vie.
Les ajustements créateurs
Ce sont tous nos ajustements de changement, ils introduisent de la vie, de la fluidité et du mouvement dans nos existences. Ils permettent que nous sortions de nos limites et blocages.
Ils peuvent concerner nos paroles, nos actes, nos comportements ou nos croyances. (Nota bene : nous pouvons faire ici le lien avec notre précédent article « Colère, Indignation et Zones d’influence »).
Nous croyons parfois que pour induire le changement dans nos vies il nous faut de « grandes » décisions, de « grands » choix. C’est parfois vrai, mais rarement. 
Le changement s’installe généralement plus avec le temps et l’accumulation de « petites choses », de petits pas, de ces petits ajustements créateurs qui, liés l’un à l’autre et durablement ancrés dans nos vies, génèrent le changement. 
La question centrale devient alors : « Qu’est-ce que je veux pour moi maintenant ? », vers quoi puis-je aller, comment puis-je déjà changer avec les ressources qui sont à ma disposition et où puis-je trouver de nouvelles ressources ?
En termes de ressources nous savons aujourd’hui combien notre cerveau est plastique. Seul de nos organes à pouvoir se développer jusqu’à nos derniers jours, il peut continuer à croître, être souple et s’adapter. Et il peut notamment se transformer dans la relation, l’interaction à l’autre (un conjoint, un ami, un membre de la famille, un collègue, un manager, un coach, un thérapeute, un guide spirituel, …).

Un travail de conscience


Pour répondre à cette question « Qu’est-ce que je veux pour moi maintenant ? » il s’agit d’aller mettre de la Conscience (de l’awareness) dans tous les champs de notre vie :
ü  Dans notre corps, nos émotions et nos pensées
ü  Dans notre environnement social
ü  Dans tout ce qui est spirituel (le sens)
Les accompagnements (coaching, thérapie) et pratiques (méditation, sophrologie…) aidant au développement personnel sont alors des outils pour soutenir le travail de notre conscience.


En développant ce travail de Conscience et en plaçant notre confiance dans notre capacité à générer des ajustements créateurs, à innover, à inventer, nous ne faisons pas disparaître l’incertitude, nous ne cédons pas à l’illusion de la « baguette magique » et nous ne nous abandonnons pas à l’inertie, mais nous apprenons à « chevaucher le tigre », à embrasser l’incertitude dans son entièreté.
Nous sommes alors en capacité de voir baisser l’intensité de nos peurs. Nous ne faisons pas disparaître la peur, qui ne nous demande pas notre avis pour se manifester, mais nous augmentons face à elle la perception et la confiance dans nos ressources, nous mobilisons la part la plus joyeuse de notre être et nous imaginons que, même face à de lourds enjeux, de grandes difficultés, l’apparent impossible nous demeure envisageable.

Ces ajustements font partie de nos ressources internes, disponibles, mobilisables ou développables en nous.
Mais ils ne doivent surtout pas faire l’économie de nos ressources externes, celles que nous pouvons, devons puiser au cœur de nos environnements. La crise sanitaire liée au Covid 19 peut générer des réactions individualistes, égoïstes, « survivalistes ». Sans doute pas dans le premier temps de la crise, où nous célébrons les soignants dans leur abnégation et le « petit peuple des travailleurs » méprisé habituellement, reconnu désormais ; mais ensuite, dans l’ordinaire de la vie recommencée mais toujours sous menace, nos solidarités seront mises à l’épreuve. C’est pourtant à cet instant, pour nous-mêmes et la survie du monde, qu’elles seront le plus nécessaires.
Les couples et les familles verront la force de leurs liens quotidiennement testés, et il sera indispensable de redéfinir, réinventer ces liens, certainement pour aller vers plus d’autonomie, de partage (tâches, éducation, prises en charge) et vers une réflexion sur les « vraies bonnes raisons » qui nous unissent vraiment.
Dans le champ du travail, et alors même qu’il nous sera encore difficile de travailler en proximité, il sera nécessaire que le management sache réhabiliter les collectifs de travail, ces lieux où la créativité et l’innovation s’échangent et se stimulent, ces temps où la présence de l’autre nous réassure dans notre propre existence et dans notre propre pertinence.

Questionner les modalités de management


A coup sûr le management sera questionné :
-   Comment passer des processus de contrôle potentiellement anxiogènes (faut-il rajouter de la peur à la peur actuelle ?) à des processus d’autonomie et de confiance, indispensables si les pratiques de télétravail doivent se généraliser, et de toute façon nécessaires pour avoir la souplesse et l’agilité requises face aux incertitudes du monde économique de demain, d’aujourd’hui déjà ?
-     Comment inventer de nouveaux processus de travail qui, s’ils ne réduisent pas la peur et l’incertitude, définissent le « comment réagir face aux incertitudes » ? Lorsque le « contenu » est incertain, évolutif et imprécis, concentrons-nous sur le « contenant » qui garantira notre capacité à nous occuper du contenu de la façon la plus sécurisée possible.
Pour envisager le plus sereinement possible le flou, l’imprécis le vague, il apparaît donc nécessaire de mobiliser nos ressources internes (notre capacité créative) et nos ressources externes (la puissance du collectif).

Ethique


Tout cela ne prendra sens que si cela s’accroche à une éthique, des valeurs, une déontologie.
Si tout est incertain, que pouvons maîtriser le mieux, que pouvons-nous définir de la façon dont nous souhaitons habiter le monde ? Assurément nos valeurs et notre éthique, qui deviendront nos boussoles dans le chaos ambiant. Nous pourrons les mobiliser dans les projets que nous envisagerons demain, dans les choix que nous aurons à faire et dans les relations que nous déciderons d’avoir entre nous.
Plus que jamais face à l’incertitude il s’agira de « faire sens », dans des communautés fraternelles et génératrices de nouveaux espoirs.
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Rédigé avec Olivier Dosset, coach, gestalthérapeute
Mai 2020

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