Pratique de la joie au cœur du groupe


Par quoi commencer ?

« La joie traduit dans notre corps l’amour que nous avons de l’existence, notre engagement dans la vie. Elle met en jeu notre sensorialité, notre créativité, notre engagement dans l’action. Elle prend appui sur la curiosité que nous montrons pour comprendre le monde, pour la rencontre, le sentiment amical ou amoureux, la coopération, notre recherche d’intimité. »[1]

Chacune des formes de la joie (satisfaction, plaisir, sérénité, fierté…) va pouvoir contribuer à notre motivation, à notre batterie à énergie positive, à renforcer l’estime et la confiance que nous avons en nous-même et à un regard positif sur nos vécus. Même si certaines de ces formes ne sont pas indépendantes, gratitude et lien vont ensemble, joie (kiffs) et plaisir également, chacune a de la valeur, mérite qu’on prenne soin d’elle, qu’on la partage et que l’on pose des actes qui permette de la développer.

Voici une petite série de questions pour aider à la prise de conscience et au développement de la joie dans les équipes. Les questions sont destinées à éveiller la curiosité, à stimuler les ressentis, la pensée, à stimuler la conversation. Vous pouvez noter ces questions sur des fiches , des cartes ou au dos d’images que vous aurez choisi pour leur caractère évocateur. 

Quelques processus d’utilisation possibles :
  • Se poser individuellement les questions, dans un temps de retour sur soi, d’introspection, suivi par un échange à deux ou un partage en groupe.
  • Sélectionner en groupe des thématiques que l’on pourra traiter ensemble, dans un temps de construction de la culture du groupe. Faire un partage de représentations, chercher des actions créatives à mener pour développer la facette de la joie sélectionnée.
  • Se poser des questions lors d’une rencontre à deux, pour mieux se connaître, développer l’intimité.
  • Tirer une des questions dans un chapeau pour un démarrage de journée, chacun y répondra lors d’un tour de parole en cercle. 

Partager les différentes formes de la joie au sein des équipes.

La joie : La joie est une émotion que nous pouvons généralement attribuer à une situation particulière : l’expérimentation d’un événement positif qui m’a permis de satisfaire des besoins et désirs et d’être en lien avec mes valeurs, mes intentions. Elle traduit dans notre corps, l’amour que nous avons pour la vie. Je ressens de la joie lorsque je vois le sourire d’un enfant, lorsque je vois le soleil, lorsque j’écoute de la musique, lorsque je termine une conversation avec un collègue attentionné... La joie est aussi l’émotion qui accompagne la rencontre d’une personne aimée.
  • Quelles sont les joies que j’ai éprouvées aujourd’hui (mes kiffs du jour) ? 
  • Quelles sont les joies vécues dans la semaine écoulée ?
  • Qu’est ce qui m’a mis en joie pendant cette heure de travail ?
Le plaisir : c’est le sentiment qui provient de la satisfaction d’un besoin ou d’un désir sensoriel, affectif ou intellectuel. Le plaisir nait lorsque nous nourrissons notre corps, notre imaginaire, nos sens de quelque chose que nous apprécions particulièrement, quelque chose que nous trouvons beau, bon, plaisant. Le plaisir provient aussi de la mise en action de notre corps, dans une activité essentielle pour nous : la danse, la marche, l’exercice d’un instrument, le sport. C’est l’expression de  nos talents. Pour certains, les réponses aux questions sur la joie et sur le plaisir peuvent être les mêmes, pas de soucis, on accepte et on écoute, les ressentis sont personnels. Le plaisir partagé permet l’investissement dans la relation, dans le groupe.
  •  Qu’est-ce qui m’a fait plaisir dans la journée, la semaine ?
  • Qu’est-ce que j’ai réalisé et que j’ai aimé réaliser ?
  • Comment est-ce que j’ai exprimé mes forces, mes talents ?


La satisfaction : c’est le sentiment que nous ressentons lorsque nous avons mené à bien une tâche, un projet, une activité. La satisfaction a à voir avec le devoir, le sentiment de faire ce qui est bien, ce qui est nécessaire. L’émotion de joie contenue dans la satisfaction est beaucoup plus faible que celle contenue dans le plaisir ou la gratitude. Pas de questions spécifiques, elles sont inclues dans les questions sur les kiffs, les ressentis de joie quotidiens.
La réussite : c’est le sentiment que l’on éprouve lorsque l’on vient de terminer positivement une tâche engageante qui correspond à la mise en œuvre de nos compétences. Nous réussissons si nous avons eu besoin de « faire un effort », de nous dépasser. Cette forme de la réussite répond aux questions :
  • qu’avez-vous réussi individuellement cette semaine ?
  • Qu’avez-vous réussi ensemble cette semaine ?
  • Pourquoi considérez-vous ce moment comme une réussite ?
  • Qu’est-ce ou qui est-ce qui a contribué à cette réussite ?
Une forme plus globale de réussite (le succès ou la réussite sociale) caractérise l’atteinte dans la vie de nos objectifs de vie. Ce qui caractérise la réussite est très variable selon les cultures et influence fortement notre propre vision de nos objectifs de vie : l’argent, le poste de travail, les responsabilités, l’amour, la spiritualité, les liens familiaux, l’engagement social... Dans chaque organisation ce qui est valorisé va être différent. Comme le bonheur, la réussite vue sous ce prisme est très personnelle, variable selon les périodes de notre vie et peut nous entrainer à renier nos valeurs les plus profondes pour répondre aux histoires de réussite que notre environnement nous sert.


La reconnaissance et la gratitude envers autrui : la gratitude est le sentiment que nous ressentons lorsque nous savons intimement que quelqu’un nous a aidé à franchir une épreuve, une étape, nous a guidé, nous a permis d’être plus près encore de nos désirs. La gratitude peut aussi provenir de ce que l’on m’a donné, du fait que l’on pense à moi, que l’on m’accepte pleinement, que l’on me fait un feed-back authentique sur moi, lorsque l’on me soutient dans mes projets… Les personnes envers qui nous vivons de la gratitude peuvent être des ascendants, des descendants, des amis, des collègues, des auteurs, des professeurs, d’anciens patrons, un compagne  ou une compagne de vie…: [2] 
  • Pour qui ai-je de la gratitude à exprimer pour m’avoir conduit à être qui je suis aujourd’hui professionnellement, pour m’avoir guidé dans mon chemin professionnel ?
  • Pour qui ai-je de la gratitude pour m’avoir parlé de manière authentique, accepté tel que je suis ?
  • Pour qui ai-je de la gratitude pour m’avoir appris des choses essentielles pour moi ?
  • Pour qui ai-je de la gratitude pour m’avoir soutenu ?
  • Pour les questions précédents : prenez conscience de ce qui vous lie, exprimez votre gratitude par écrit ou à la personne présente dans votre binôme.
La sérénité : c’est l’état d’âme que procure la stabilité, la conscience d’un cadre protecteur et permettant l’expression de soi, lorsque la sécurité psychologique est assurée. La vigilance (dans le monde de la peur) est tombée, l’accord entre soi et ce qui se passe à l’extérieur de soi est possible, nous n’avons pas besoin de nous cacher, nous sommes zen selon l’expression traditionnelle désormais.
  • Qu’est ce qui dans le cadre, dans les modes de fonctionnement du groupe me permet de me sentir bien, en adéquation ?
  • Quel environnement, activité me permet d’activer cet état ?


La fierté : la fierté est une forme de joie parentale, nous portons un regard positif sur les réussites de nos enfants, de nos collaborateurs, nous sommes souvent fiers pour ceux que nous accompagnons au quotidien. « La fierté envers nous-même est en lien avec l’investissement personnel que nous avons mis dans l’action et qui est à l’origine d’une réussite. Je suis fier de moi lorsque je fais quelque chose pour la première fois ou que je termine une action complexe. » [3] Exercer sa fierté à partir du travail du collectif permet la reconnaissance du travail du groupe, de ses réussites et témoigne des valeurs partagées.
  • Qu’est-ce qui me rend fier dans notre travail d’équipe ? Quelles sont les valeurs, ce qui me semble important pour le groupe, qui sont montrées dans cette réussite, cette action ?
  • Quels actes personnels m’ont inspiré de la fierté ? Quelles valeurs personnelles sont en lien avec cette fierté ?


L’amusement : rire est bon pour la santé. En tout cas, c’est le Docteur Madan Kataria fondateur du premier Club de Rire en Inde et du yoga du rire qui l’affirme sur la base de très nombreuses expériences menées par des chercheurs et des professionnels de santé. Rire reste souvent exceptionnel dans le monde du travail, sourire c’est bien aussi.
  • Quand avez-vous ri pour la dernière fois ?
  • Quelle activité vous donne envie de sourire ?
L’amour, la tendresse, le lien : quelques questions dans le domaine personnel, chacun pourra choisir d’y répondre ou de garder le résultat de ses réflexions pour lui.
  • A quel moment est-ce que je ressens, je vois, j’observe que l’amour sincère existe ?
  • Quel acte d’amour m’émeut profondément ?
  • Quelles personnes représentent cet amour ?
  • Avec qui je me sens en lien, par-delà le temps, la distance ?
  • Quelle forme de tendresse, de lien est possible dans le groupe ?

L’inspiration : ce qui guide ma vie, ce qui me fait aller dans de nouvelles directions, l’influence externe qui me permet de me renouveler, de créer, de développer de nouvelles attitudes, compétences.
  • Quels sont les auteurs ou les personnes ayant existé qui m’inspirent dans ma vie ? Qu’est-ce qu’elles m’enseignent ?
  • Dans le monde professionnel qui est-ce qui m’inspire ? Qui pourrait être mon modèle ?
  • Dans notre équipe, quels sont les comportements, les attitudes, les compétences qui m’inspirent ?
  • Vers quoi j’ai envie de me diriger maintenant et pourquoi ?
L’admiration : c’est un sentiment qui traduit le jugement que nous formons sur les capacités d’une personne à réaliser de grandes choses (selon nos propres critères d’évaluation), que ce soit sur le plan physique, émotionnel, intellectuel, éthique. L’admiration me renseigne sur des aspects de moi que je souhaiterais développer et que je ne crois pas être capable de mettre en œuvre. L’admiration permet l’inspiration.
  • Qu’est-ce qui me transporte d’admiration ?
  • Quels sont les personnages réels ou imaginaires – mes héros – que j’admire ? Pour quelles réalisations ? Pour quelles capacités ?
L’intérêt/ la curiosité : pour Wikipédia : « La curiosité est une attitude de disponibilité et/ou d'intérêt à l'égard d'un sujet ou d'un phénomène donné. Elle peut être un trait de caractère, présente en toute occasion, ou se manifester dans des circonstances particulières. Elle est considérée comme positive par la science, lorsqu'elle aide à l'intelligibilité du monde. »
  • qu’est ce qui me permet de me sentir intrigué, titillé,  attiré et intéressé par un sujet ?
  • Quelles images éveillent ma curiosité ?
  • Quelles personnes éveillent ma curiosité ?


La compréhension, l’apprentissage : chaque jour nous donnons du sens à ce que nous vivons, nous élaborons une connaissance de plus en plus complexe. Lorsque ce sens, cette compréhension sont positifs, qu’ils s’appuient sur nos réussites, nos vécus de joie, nous obtenons des clés sur le fonctionnement des groupes, du travail, de la vie.
  • Qu’est-ce que j’ai appris, compris, intégré, renforcé dans mon travail depuis quelques mois ? Quels effets produisent cette compréhension ?
  • Quelles sont mes croyances positives sur la vie, le travail, le groupe ? Ce que je crois juste ?
L’espoir : c’est la confiance que nous accordons à la possibilité d’une réalisation positive dans l’avenir de nos rêves, de nos désirs, de nos actions.
  • Qu’est-ce que je ressens lorsque je me dis que je suis capable de réaliser mes rêves ?
  • Quand je vois que nous avons su surmonter telle ou telle épreuve grâce à nos ressources, quels sont mes espoirs pour l’avenir du groupe ?
  • Que je constate que je peux agir sur mon quotidien, que j’ai de l’influence sur la vie du groupe, quels sont mes espoirs de changer les choses à plus grande échelle ?
  • Quels sont mes espoirs pour le groupe ? Pour notre action commune ?
Le désir : c’est la traduction de l’énergie que nous souhaitons mettre dans une action, une possession, une rencontre pour obtenir une satisfaction, de la joie. Le désir positif nous entraîne vers la plénitude, le désir d’objet peut nous pousser à accumuler des possessions, des conquêtes. Le désir positif nous aide à construire notre identité, guide nos espoirs et nous amène à la réalisation. La peur empêche le désir, lutte contre sa possibilité d’expression. Accompagner un projet c’est traiter les peurs et faire émerger, enrichir le désir. Nous avons à apprendre à soutenir le désir, chez nous et chez les autres.
  •  Qu’est ce j'ai une envie forte de réaliser ? de faire, de vivre ? De quel soutien aurais-je besoin ?
  • Qu’est ce qui est important pour moi de voir ? de montrer ? 
Partager ce qui nous importe, les manières dont nous vivons la joie au sein du groupe est une première marche vers plus d’intimité et de cohésion au sein de l'équipe. La seconde marche est de cultiver les différentes formes de joie au cœur du groupe. Un prochain post traitera de ce sujet avec des exemples pris au sein des organisations.

Daniel Chernet
Coach
Facilitateur du travail d’équipe
Accompagnant des organisations positives
Accélérateur de coopération
Mars 2019



[1] Chernet Daniel -  Coacher les émotions – Eyrolles 2016 – Chapitre 15 : vivre la joie.
[2] https://www.psychologies.com/Moi/Moi-et-les-autres/Relationnel/Articles-et-Dossiers/Dire-merci/La-gratitude-ca-fait-du-bien
[3] Chernet Daniel -  Coacher les émotions – Eyrolles 2016 – Chapitre 15 : vivre la joie.


Principe de joie au cœur du groupe


« La joie est l’émotion ressentie lors de l’expérience ou de l’anticipation d’un événement positif qui permet à la fois de satisfaire ses besoins ou ses désirs, et d’être en accord avec ses valeurs, ses intentions, ses buts. »[1]


Le monde de la joie

Le « monde de la joie » c’est celui dans lequel nous vivons lorsque nous ressentons du plaisir, vivons l’émotion de joie, ou encore ressentons un état de sérénité ou de bonheur. 

La joie est une émotion. Elle est par essence non durable, même si certains philosophes ou théologiens parlent d’une joie sans objet, c’est à dire d’une joie profonde qui nait de notre acceptation de la vie, du lâcher prise qui nous permet de ne pas nous accrocher à nos attachements, à nos douleurs, à nos déceptions. La joie nous renseigne sur notre lien à nous-même et à notre environnement, elle nous amène dans le mouvement, elle nous fait nous sentir pleinement vivants. Vivre dans le monde de la joie peut nous amener au bonheur.

Le bonheur est un état. Nous avons le sentiment d’être heureux, c’est une synthèse de nos perceptions sur ce que nous vivons. Ce sentiment se construit à partir d’une synthèse complexe de la mesure de la relation entre nos croyances sur la vie, ce qui vaut la peine, ce qui mérite d’être gardé, mis en évidence, apprécié et ce que nous vivons. Notre perception du bonheur résulte des interprétations que nous faisons de ce qu’une belle vie doit ou devrait être, avec une intégration des moments de joie que nous avons vécus, la relativisation et la  mise à distance des moments difficiles, des gènes ou des souffrances vécues. 

Partager la joie ou rechercher le bonheur ?

Le bonheur est extrêmement personnel, chacun peut en donner sa propre définition. Pour certains "il n’y a pas de bonheur, il n’y a que des bonnes heures", sous-entendu, des moments de joie, de vie pleine et entière, de lien, d’amour, de sourire, de rire. 

En groupe, rechercher une définition du bonheur est illusoire, même si de nombreux projets d’entreprise portent sur le bonheur au travail. 
Pour Luc Ferry, « Nous connaissons bien sûr dans nos vies des moments de plaisir, de joie, peut-être même des plages de sérénité, mais le bonheur comme un état stable auquel on pourrait parvenir comme on arrive au port après une traversée difficile en mer est une pure illusion. »[2] 
Comme le précise Alexandre Jollien : « L'idéal d'un bonheur parfait cause des dégâts et peut enfoncer encore plus celui qui a du mal à sortir du mal-être. Spinoza nous aide sur ce chemin en nous faisant comprendre que la première étape est peut-être de repérer ce qui nous met réellement en joie ici et maintenant. Au lieu d'aspirer à un bonheur clés en main, il s'agit plus modestement de découvrir la joie au cœur de notre vie.»[3]
Je suis plutôt d’accord avec ces philosophes, je propose que les groupes travaillent sur la découverte et l’expression de la joie plutôt que sur celle du bonheur au travail. La joie, en tant qu’émotion (avec tous les sentiments qui lui sont liés comme le plaisir ou la fierté) peut facilement être identifiée, corrélée à des moments particuliers, cultivée, nourrie. Il est ainsi assez facile d’en faire un objet de travail pour un groupe ! Un des effets important du ressenti régulier de la joie au travail, c’est de nous permettre de maintenir notre motivation et de nous entrainer dans notre chemin de développement personnel et du groupe.



La joie est une émotion éphémère, et nous cherchons généralement à la renforcer, à la faire durer. Souvent nous recherchons une forme de joie, le plaisir, pour vivre cette émotion de manière régulière. le plaisir est la manière sensorielle de trouver la joie : satisfaire nos désirs avec nos sens et notre corps. Le plaisir est de courte durée par essence et entraîne souvent la nécessité d’augmenter l’intensité de ce qui le provoque (plus de chocolat, d’argent, de stimulation…). Il n’y a pas de mal à cultiver le plaisir dans le travail, dans la vie des groupes, mais cultiver uniquement le plaisir ne permettra pas à tout le monde d’éprouver de la joie et de construire des moments de bonheur. Dans le prochain post je détaillerai les différentes formes de la joie et leur application dans le monde du travail.

La joie est une émotion personnelle, son partage en groupe permet de définir ce qui convient et ne convient pas à chacun, ce qu’il vise, ce qui est essentiel pour lui.

Critiques entendues de la mise en avant de la joie dans les groupes

Lorsque je parle de la joie à des groupes, il m'arrive d'avoir plusieurs critiques.

Cultiver la joie c’est pratiquer le déni. 

C'est s’enfermer dans un monde non réel, issu d’un regard par trop « bisounours ». 
Je ne crois pas. Cultiver la joie, c’est mettre en pratique des questionnements et des échanges qui permettent de voir la joie que produit l’activité, le soutien, le travail en commun, la bienveillance existante au sein des groupes. La recherche de la joie passera sans doute par le traitement des problématiques de conditions de travail, de pouvoir, de prise de décision. regardons ce qui va bien pour nous appuyer dessus et ne fermons pas les yeux sur les difficultés à traiter.

De nombreux constats de notre vie quotidienne peuvent nous éloigner de la joie

Sans doute, comme être humain nous sommes confrontés à la violence dans le monde, dans les groupes, dans les relations professionnelles. Nous sommes amenés à croiser des personnes qui recherchent le pouvoir, et nous avons (tous ?) au fond de nous une tendance à l’avidité, à vouloir gouverner les personnes avec qui nous interagissons. Nous rencontrons régulièrement la soif de contrôle et notre petit dictateur interne. 

Lorsque nous rencontrons nos émotions, la peur peut inhiber notre action et la colère peut nous empêcher d’aller vers l’autre sous une forme constructive. Nous n’avons pas toujours envie d’être gentils, d’être bienveillant, nous sommes capables de critiques négatives, de blesser et, nous avons nous mêmes pu être négligés, malmenés, humiliés, blessés…

Pourtant, nous agissons et nous pouvons agir au travers de la joie : chercher des solutions, des options, mettre notre énergie au service du monde, des autres, de notre groupe d’appartenance, de notre travail. Nous pouvons cultiver nos actes au service de nos valeurs et de nos désirs, de nos intentions. Ce n’est pas nécessairement facile et je suis sûr que je continuerai à blesser, à faire souffrir, à râler. Mais, comme chaque émotion "la joie s’alimente de nourriture", nous dit Tich Nath Hanh, un moine bouddhiste, militant pour la paix et initiateur du bouddhisme en France. Alimenter la joie nous permettra d’éviter d’alimenter les autres émotions, celles qui nous détachent de la relation, nous entrainent si nous n’y prenons garde dans le monde de la solitude.

Rechercher systématiquement la joie c'est stérile.

Une petite histoire :

Dans ce groupe de coachs en formation (groupe de pairs), la recherche du plaisir est importante, elle se cache sous le terme de convivialité : repas, boissons, blagues et humour sont les formes de passe-temps employés dans la recherche du plaisir. Cette forme satisfait la plupart des membres du groupe à l’exception de Mathilde qui préfère penser, comprendre, découvrir des nouvelles idées, construire un projet comme source de plaisir. Elle souffre à chaque fois que le groupe décide de faire une « bouffe », mais les jugements du groupe lorsqu’elle en parle (sur le mode « tu es une rabat-joie », « tu ne sais pas profiter de la vie ») l’amènent à se taire. Une conversation avec ses pairs va les amener à enrichir les modalités de récolte de la joie : partage des apprentissages, des évolutions, des valeurs… et bien sûr des temps de convivialité seront conservés.
En fait, tout dépend de la forme de joie que nous souhaitons partager, il existe de très nombreuses facettes à cette émotion et chaque groupe peut trouver quelles formes de joie partager (des propositions dans les prochains posts).

Partager la joie

Partager de la joie entre les membres d’un groupe, leader compris, permet de mieux se connaître et de s’apprécier. Le partage des émotions, il en est pour la joie comme des autres émotions, permet de développer l’intimité entre les personnes, car elle invite à l’authenticité.



Lorsque l’on cherche à définir les formes de la joie, les sentiments qui sont en lien avec la joie, ce qui génère de la joie, le nombre de facettes est très élevé ! Il est possible et utile de partager la joie sous toutes ses formes : espoir, désir, réussite, plénitude, sérénité, plaisir, rencontre, flow, équanimité,  enthousiasme, élan, fierté, gratitude, célébration, enthousiasme, excitation, intérêt, curiosité, compréhension, soulagement, amusement, bien-être…  Au sein d’une équipe, partager la joie permet de développer de la complicité, de l’écoute, de construire l’intimité et finalement de développer de la cohésion.

Partager la joie, n’est pas inné dans un groupe, l’apprentissage par le groupe nécessite un cadre rassurant et protecteur permettant à chacun de se positionner :
  •         Toute joie est bonne : il n’y a pas de bonne formule pour la joie et le bonheur. Eviter de faire une dictature de l’idée de bonheur, chacun y va à son rythme, il n’y a pas d’obligation à se décider heureux, pas d’obligation à être heureux pour les mêmes choses que d’autres ;
  •         La compétition nuit à la joie, le partage l’augmente : se déconditionner des compétitions, toutes les formes de joie ont une belle valeur, de la passion à la sérénité. Si l’un aime la Lozère, c’est aussi bien que pour l’autre d’aimer le Vietnam ;
  •         Se réjouir et accepter la joie :  je me réjouis pour l’autre, il se réjouira pour d’autres, repérer et éviter les formats rabat-joie (compétition, peurs, masque du blasé…).
  •         Choisir à partir de ses propres valeurs, de ses intentions dans la vie ce que c’est que réussir. Personne ne peut savoir à votre place ce qui vous convient, ce qui est bon pour vous, ce qui vous guide. Quelquefois, nous ne connaissons pas nos intentions et nos espoirs et il peut être utile d’avoir une conversation avec un coach ou un mentor pour les identifier.
  •         Prendre le temps d’explorer son intériorité : faire confiance à ses émotions. Chacun d’entre nous peut avoir des perceptions de joie, même si elles sont difficiles à montrer, quelques questions sur les sources de joie permettront de trouver ce qui nous anime ;
  •         Accepter que bien c’est bien : voir les résultats de ce que l’on fait et les bons moments que l’on vit, éviter la recherche de la perfection.
Partager la joie c’est bon pour le moral de chacun et la croissance du groupe. 

Pratique du partage de la joie : quelques possibilités departage et de renforcement de la joie dans les groupes.

Daniel Chernet
Coach
Facilitateur du travail d’équipe
Accélérateur de coopération
Avril 2019



[1] Chernet Daniel -  Coacher les émotions – Eyrolles 2016 – Chapitre 15 : vivre la joie.
[2] https://www.lexpress.fr/actualite/societe/luc-ferry-et-frederic-lenoir-le-bonheur-une-quete-impossible_1637981.html
[3] https://www.lexpress.fr/culture/livre/je-prefere-la-notion-de-joie-a-celle-de-bonheur_1905479.html

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